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Ojingogo

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Ojingogo est un récit dont on pouvait suivre les débuts sur les pages du blog comingupforair il y a maintenant quelques années. L’aventure se voulait une improvisation offrant un voyage, voire un vagabondage dans un univers étrange et merveilleux. Le récit y présentait une petite fille se promenant dans un monde étrange, et photographiant ses habitants, poulpes à volume variable et autres poissons volants. C’est en essayant de récupérer son robot-appareil-photo qu’un tentacule géant lui avait volé qu’elle entamait son aventure …

Sans doute possible, Ojingogo est un conte, un conte classique, avec ses monstres, sa magie, et son aventurière. Mais c’est avant tout un voyage graphique, dont, en comparaison avec d’autres récits muets tels que les Grangousiers de Gabriel Delmas ou Racines de Pierre Duba, la démarche n’est pas tant de demander au lecteur une participation plus ou moins active à la construction du récit mais bien de lui proposer une promenade graphique.
L’onirisme du récit est renforcé par les cases flottantes sans bord et l’arythmie des constructions de pages. Parfois constitués de petites séquences, parfois d’illustrations en pleine page, les chapitres se succèdent, présentant différents personnages. Leurs aventures semblent tout à la fois dissociées et liées, dans un récit qui présente un découpage chaotique et qui place le lecteur dans une démarche de contemplation plus que de lecture structurée, tout en gardant une histoire vague en arrière-plan comme articulation générale de l’enchaînement des images.
On notera d’ailleurs que les personnages ont toujours des intentions cachées, non que le but du récit soit de les découvrir, mais simplement qu’on nous les présente tels quels, sans réelle justification, toujours dans une démarche d’improvisation vague. Certains semblent poursuivre un but, d’autres suivent simplement le cours de leur vie et mènent leurs activités quotidiennes. De plus, comme dans un rêve aux contours flous où les distances sont difficiles à estimer, la déambulation dans ce monde étrange se fait également par un jeu de rapport de dimensions, d’intérieur et d’extérieur.

On peut d’ailleurs tirer une analogie de cette dernière observation : ce récit semble être une reprise d’Alice aux Pays des Merveilles, ou du moins semble s’inspirer du récit de Lewis Carroll. Les personnages grandissent, rapetissent, entrent et sortent dans diverses dimensions imbriquées les unes dans les autres, parfois même dans les autres personnages. Ces rapports de dimensions passent souvent par la nourriture, du moins par la bouche des personnages, comme Alice mange des gâteaux et boit des liquides la faisant changer de taille. L’héroïne, comme Alice encore, commence par rentrer dans un trou pour en sortir en fin de récit. Comme Alice enfin, l’héroïne est tantôt victime des autres personnages, tantôt elle s’en rend maître, et l’on pourrait même retrouver des échos des deux jumeaux Tweedle Dee et Tweedle Dum dans les deux momies…

Mais on note des différences significatives entre le récit de Lewis Caroll et celui de Matthew Forsythe concernant ces héroïnes. Alice ne sait comment trouver une place à sa taille dans un monde qui lui semble fou. La petite photographe quant à elle, subit aussi les changements d’échelle mais sans jamais sembler en être réellement victime et parvient toujours à s’en accommoder pour continuer son observation du monde. Dans Alice au Pays des Merveilles, le langage a une grande importance, et beaucoup de choses passent par les jeux, les inversions ou les mélanges de mots. A l’opposé, dans Ojingogo, récit muet oblige, tout ce que veut faire passer l’auteur passe uniquement par l’iconographie.
Enfin et surtout, alors qu’Alice est régulièrement rattrapée par ce temps qui la pousse en avant dans l’histoire, dans le récit muet de Matthew Forsythe le l’arythmie des constructions des cases et des séquences ne permet jamais de se faire une idée du temps qui s’écoule dans l’histoire.

Au final, le titre du blog original («coming up for air») semble être mis en abîme par les jeux de profondeur et d’imbrication entre le récit lui-même et les personnages. On peut y voir la volonté de proposer une respiration, un temps de pause par la lecture de ce récit. On pourrait même pousser plus loin l’allégorie en se basant sur le personnage secondaire que représente le robot-appareil-photo. Ce dernier devient un temps un monstre mécanique réducteur mais se souvient au final qu’il peut simplement imprimer une image plutôt que réduire (littéralement) son sujet. Ceci vient peut-être là aussi appuyer la démarche contemplative du récit…
Ojingogo est une œuvre facile d’accès tout en proposant une démarche de lecture originale. Elle nous permet de nous interroger sur notre pratique de lecture : face à une consommation à outrance, mécanique et réductrice de la bande dessinée et de l’image en général, l’auteur nous suggère par là-même de nous rappeler l’importance de prendre le temps de l’observation dans la lecture d’une image, et d’une bande dessinée par voie de conséquence.